Communiqué de presse CFDT – EHPAD en danger

La commission EHPAD CFDT santé sociaux 26/07 revendique depuis plus d’un an auprès de l’ensemble des élus, députés et sénateurs, auprès de l’ensemble de la population Drôme Ardéchoise sur les marchés de nos départements, auprès des conseillers départementaux, ARS et personnels de direction.

 

        Il y a deux ans, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) avaient mené une grève inédite. En sous-effectif criant, ils avaient alerté les pouvoirs publics sur leurs difficultés grandissantes à faire face à leur double mission sanitaire et sociale.

 

Ni les rustines budgétaires ni les promesses en devenir n’avaient une quelconque chance d’atténuer le choc de la pandémie de Covid-19 dans les EHPAD.

 

Avec prés de 40 % du total des décès à ce stade, le tribut payé est lourd et ne peut s’expliquer uniquement par la vulnérabilité des personnes âgées face à la maladie.
Si le manque de moyens s’est fait cruellement sentir dans le système hospitalier, les EHPAD se sont souvent retrouvés démunis pour affronter l’hécatombe. Les soignants, en première ligne, ont été atteints physiquement et psychologiquement, eux ,qui déjà exerçaient dans les conditions les plus difficiles.
Cette crise révèle le manque d’attention que notre société porte à nos aînés, si souvent négligés et dont la contribution est si peu reconnue.

Le grand âge n’est pas un fléau pour la collectivité, c’est une réalité qu’il faut affronter avec volontarisme et lucidité.

Aujourd’hui, plus de 730 000 personnes âgées sont accueillies en EHPAD. Un Français de plus de 90 ans sur trois est concerné. D’ici à 2070, le nombre des plus de 75 ans aura doublé et ce-lui des plus de 85 ans aura quadruplé. Il est indispensable de se donner les moyens d’accompagner ce tsunami démographique.

Une prise en compte rapide des problématiques de la prise en charge du grand âge était nécessaire, la pandémie Covid-19 avec la dramatique situation dans nombres d’EHPAD a mis encore plus au grand jour, l’impossibilité avérée de prendre en charge dignement nos résidents dans ces structures.

Nos revendications (cf 15 revendications CFDT EHPAD) tant expliquées, démontrées, discutées auprès des interlocuteurs précédemment cités deviennent maintenant incontournables.

 

Le tout budgétaire dans nos EHPAD est révolu.Il n’est plus possible pour une société comme la nôtre de laisser au bord du chemin celles et ceux qui sont plus vulnérables, celles et ceux qui ont traversé tant de difficultés, celles et ceux qui ont travaillé durement toutes leurs vies, celles et ceux qui ont le plus souffert.

 

L’isolement total des résidents pendant 3 mois, une privation de liberté qu’aucune autre tranche d’âge n’aurait accepté et supporté, à été catastrophique sur bien des plans.

 

Il est urgent de lancer cette loi « grand âge », souvent promise, mais toujours remise à plus tard. Si cette crise ne permet pas de prendre conscience du fait que la dépendance est un risque qui doit bénéficier de la solidarité nationale, c’est à désespérer.

 

Après les applaudissements de 20h, le rideau tombe pourtant sur la crise du Covid-19 et les professionnels des EHPAD retombent dans leur anonymat habituel. Il semble que le dévouement de ces soignants auprès des plus faibles soit une nouvelle fois condamné à l’oubli.

 

Certes le Ministre de la Santé promet la mise en place du 5ème risque mais pour …2024. Combien de temps encore devrons nous faire face à des promesses que les professionnels confrontent chaque jour à des réalités de terrain qui ne permettent plus d’attendre.

 

Que dire de l’abandon des soignants dans les EHPAD, sous payés, sous considérés, sans matériels avec des résidents à qui ils ne peuvent consacrer que très peu de temps. Là aussi , des promesses de primes qui n’arrivent pas, ou qui arriveront pour certains et pas pour d’autres et comme toujours bien après le sanitaire.

 

Très cyniquement, on a pu faire le triste constat, que même le comptage du nombre de décès dans les EHPAD à mis un temps indéfini a être effectif… Plus que jamais et le plus rapidement possible avec nos revendications et la mise en action du «plan grand Age», nous exigeons une société digne avec ses ai-nés et respectueuse des employés qui sont à leurs services.

 

Quelques témoignages de professionnels de terrain en Drome Ardèche

 

Infirmière, EHPAD Centre Ardèche:

 

«Dans notre établissement les premiers tests PCR sur les résidents sont effectués le 21 mars, les résultats tombent le 23 mars, ils sont tous positifs.

A partir de là et jusqu’à fin avril, de nombreux résidents de l’EHPAD vont être touchés par l’épidémie

.Certains en mourront, d’autres s’en sortiront.

Le personnel n’a pas été épargné. Plusieurs agents ont eu le coronavirus et ont été en arrêt de travail.

Ce fut, une période très tendue et stressante pour le personnel sous de nombreux aspects commLa charge de travail qui est augmentée par le nombre de résidents infectés et le nombre d’agent en arrêt de travail,

Les équipements de protection à mettre avant d’entrer dans la chambre d’un résident infecté,

Des recommandations qui évoluent avec la situation épidémiologique mais aussi en fonction des stocks d’EPI (Equipement de Protection Individuelle) qui sont limités et souvent insuffisants pour pouvoir appliquer ces recommandations.

Une mise à jour des consignes quasi quotidienne,

Faire face à un nombre de décès anormalement élevé sur les mois de mars et avril dont certains liés au coronavirus.

La peur et la culpabilité du soignant de ramener le virus à la maison auprès parfois de personnes fragiles.

L’accompagnement de la fin de vie de résidents auxquels le personnel est attaché. Des résidents dont l’état de santé s’est dégradé rapidement, pour les uns en quelques jours et pour d’autres sur plusieurs semaines. Des moments chargés en émotions tellement fortes.

l’application de protocole spécial «COVID-19» en cas de décès liés à l’infection ou suspects qui interdisait la toilette mortuaire. Le corps des défunts étaient mis dans une housse plastique que nous devions fermer et désinfecter.

Aujourd’hui, il n’y a plus de cas de COVID-19 dans notre structure.Infirmière. »

Infirmière, EHPAD Vallée du Rhône :

 

«L’établissement fait beaucoup trop appel à des intérimaires en lien avec des difficultés de recrutement. Cela conduit a des prises en charge de nos résidents beaucoup plus compliquées et d’une qualité moindre. Les rappels sur nos jours de repos sont fréquents. Les agents ont un manque de formation criant malgré en théorie des plans de formation bien établis»

Sur notre structure qui compte plus de 140 lits ,les week-ends, les agents travaillent très souvent en mode dégradé. Les familles et la population locale ont pris conscience des difficultés de travail lors d’actions de sensibilisation (grève CFDT de 2018, rencontre sur le marché en décembre 2019). La suppression du poste d’infirmière de nuit depuis plus d’un an entraine une surcharge de travail pour les IDE de l’hôpital qui ont pris le relais.

La période Covid a été très intense, à cause d’un surplus de travail. Pour les IDE, beaucoup d’appels téléphoniques des familles, plus de résidents qui ont décompensés : Angoisse, anxiété, syndrome de glissement, syndrome infectieux divers,… »

Infirmière secteur Valence:

 

«Les difficultés sont quotidiennes dans la prise en charge des résidents, à cause de la vétusté des bâtiments et du matériel peu adapté aux multiples pathologies des résidents. Des problèmes importants d’absentéismes entraînent encore des difficultés supplémentaires. Les métiers d’aide soignants et d’infirmiers en EHPAD manquent d’attractivité pour les jeunes diplômés. Il est grand temps que chacun se demande si vraiment nous avons encore envie de soigner de façon répétitive, à une allure effrénée ou si nous avons la volonté de stopper la machine pour enfin prendre le temps d’accorder à chaque personne âgée la prise en charge qu’elle mérite.»

Aide soignante sud Ardèche:

 

«Pour nos établissements de sud Ardèche, les soins accordés se font dans une grande difficulté avec un manque de matériel de manutention. Les problèmes de planning sont énormes et il n’y a vraiment plus de respect du temps de repos des agents. Nous perdons un temps considérable en commandes diverses et en transmissions informatiques. Tout ce temps là , qui n’est plus consacré aux résidents.

Pour ce qui concerne la crise du covid-19, notre établissement a attendu pour avoir des masques toutes les 4 heures, malgré de gros effort de la part de la direction. Pour les surblouses ça été plus compliqué, il fallait la garder sur la journée au début de la crise. Le surcroît de travail quand nous avions un cas suspect était difficilement gérable car pour des équipes déjà en surcharge de travail cela s’avérait lourd à gérer. »

Aide soignante Nord Ardèche:

 

« Dans notre EHPAD proche d’Annonay, des années de récessions ont touché l’ensemble du personnel et ont bien évidemment eu un impact direct sur les résident.es (14 toilettes pour un.e seul.e aide soignante par exemple le matin) . Plusieurs agents vont enfin avoir accès à une entrée dans la fonction publique hospitalière ce qui pourrait redonner de la cohésion aux équipes qui cherchent un second souffle après de nombreux départs de leurs collègues démotivé(e)s par les conditions d’exercice de leurs métiers. Mais la crise est profonde et le manque d’aide soignantes à la journée pour assurer une prise en charge correcte des résidents reste d’actualité et risque de le rester longtemps étant donné la situation financière de l’établissement.

La crise que nous venons de traverser a exacerbé ces difficultés et le contexte actuel ne donne pas l’envie aux jeunes de venir travailler en EHPAD. Ces établissements ainsi que leurs résidents ont été «mis de côté» durant ces 3 derniers mois, ils n’ont pu voir leur famille comme ils le souhaitaient, ont eu la chance pour certains de parler à leurs proches durant un temps limité, encadrés et surveillés pour éviter tous contacts… Les moins«chanceux» sont partis seuls, le personnel a dû réconforter, aider et remplacer.Tout ceci dans le but de les protéger, quel joli mot pour parler d’une prison dorée… »

Infirmière et aide soignante sud Drôme:

 

«Notre structure a été parmi les premiers services du grand hôpital dont nous dépendons à avoir eu deux cas avérés du covid19 de par deux résidents qui ont été en contact avec un médecin qui était au rassemblement de Mulhouse au mois de février dernier. Il y a eu un manque d’informations et de communication au début de cette situation qui a plongé l’équipe dans une atmosphère très anxiogène. Le protocole de prise en charge des cas avérés et en suspicion changeait sans arrêt à cause du manque de matériel de protection pour les agents. Les quelques jours d’attente du matériel ont généré beaucoup de stress et de peur au sein des équipes. Sur nos services , nous avons un poste d’après-midi en moins les Week end. Le renfort mis en place pendant la crise pour combler ce manque à mis en évidence la qualité des soins du début à la fin de la semaine….»

Infirmière centre Ardèche:

 

«L’absentéisme est récurrent chez nous, le problème de recrutement de personnel qualifié a explosé ces dernières années. De ce fait, les agents travaillent en mode dégradé, ce qui épuise les équipes et a un impact fort sur leurs motivations. A cause du plan de retour a l’équilibre, il y a peu d’entrée dans la fonction publique et donc un véritable «ras le bol» des agents. Certains soignants envisagent de changer de profession car le métier entraîne trop de contraintes et un manque de temps passé auprès des résidents»

La CFDT santé sociaux 26/07 revendique
EHPAD EN DANGER

 

 

DIGNITÉ POUR NOS AINES

 

 

 

 

1-Pas assez de temps pour les toilettes/douches/repas: nous demandons d’instaurer un temps minimum inflexible pour ces soins. Comment faire manger une personne dépendante en 8 minutes?

2-Développer une alimentation de qualité et favoriser réellement les circuits courts. Comment peut on faire payer au résident et sa famille plus de 2000 €/mois pour un coût des produits alimentaires inférieur à 5€/ jour?

3-Remettre le soin relationnel au cœur des préoccupations; celui-ci est actuellement non comptabilisé dans les dossiers de soins et les évaluations des charges de travail.

4-Manque de personnel de nuit ce qui conduit à une insécurité des résidents et soignants

5 –Renforcer les formations adéquates destinées aux soignants afin de prendre en charge dignement les personnes âgées démentes ou atteintes de troubles psychiatriques.

6-Les financements ne sont pas en adéquation avec le degré de dépendance des résidents. Il convient de former les soignants et de prendre en compte les évaluations de dépendance qu’ils réaliseront.

7-Développer la télémédecine pour diminuer le nombre de passage des résidents aux urgenceset le nombre de consultations externes. Favoriser la collaboration avec des équipes mobiles (Soins palliatifs …)

8 –Redonner sa place à l’animation par des moyens humains et financiers.

 

RESPECT DES EMPLOYÉS

 

9 –Promouvoir en priorité des emplois soignants (Infirmier(e)s –Aide-soignant(e)s…) auprès du résident. Augmenter de 20 à 25% le nombre de «blouses blanches» dans les Etablissements d’Hébergements pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD).

10 –Redonner une image positive du travail en EHPAD: Valoriser le côté humain, éviter les glissements de tâches entre professionnels, favoriser la validation des Acquis.

11–Le soignant ne doit pas être la valeur d’ajustement des restructurations des EHPAD. Ne pas diminuer le nombre de soignants lors des reconstructions sous prétexte d’économies budgétaires.

12 –La CFDT demande une revalorisation du diplôme aide-soignant par le passage en catégorie B. Les salaires indécents des personnels ASH et le manque de considération à leur égard n’est pas acceptable.

13–Développer la Qualité de Vie au Travail avec une obligation stricte de suivi de la mise en place d’actions.

14 –Revaloriser un encadrement de proximité (présence indispensable du Cadre de Santé auprès des résidents, de leurs familles et des équipes soignantes). Stop aux cadres qui ne gèrent le quotidien qu’en fonction des budgets.

15 –Les soignants sont usés  l’abus de CDD est monnaie courante, les taux d’absentéisme explosent (parfois 20 à 25%), les rappels sur les jours de repos font partis de l’ordinaire. Il convient de respecter les textes législatifs en vigueur, de prendre en charge les Troubles Musculo-squelettiques (TMS) et Maladies Professionnelles (MP) et créer des Commissions de Retour à l’Emploi dans chaque EHPAD.

CFDT santé sociaux 26/07

 

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